Les gens du voyage ont le droit de s'arrêter.
Mais comment leur garantir un bon accueil tout en rassurant le voisinage, qui se sent parfois envahi ?
En complément de l'article paru dans Nous Vous Ille, voici l'interview
de Magali Donnat, chargée de mission scolarité d'AGV35* depuis juin
2009.
Magali Donnat : Je fais le lien entre les familles de voyageurs et l’école au sens large. Cela suppose de connaître les différents acteurs éducatifs dans les communes qui accueillent des gens du voyage. Inscrire son enfant à l’école est un droit commun. Mais c’est souvent plus compliqué quand il s’agit d’un enfant du voyage. Certains de ces enfants qui vivent beaucoup à l’extérieur éprouvent des difficultés à rester assis plusieurs heures, à écouter la maîtresse. Et puis, quand on change de maîtresse 3 à 4 fois par an, il est difficile de s’adapter.
NVI : Quel regard les parents portent-ils sur l’école ?
Magali Donnat : Ils ont souvent une image négative. Beaucoup d’entre eux se rappellent avoir été relégués au fond de la classe pour dessiner. Mais ils savent aussi l’importance de l’école pour être autonome et ne pas dépendre des services sociaux. Les familles ont donc besoin d’être rassurées et accompagnées.
NVI : Concrètement, comment intervenez-vous ?
Magali Donnat : Je rencontre chaque famille et nous voyons ensemble quelle est la solution la plus adaptée à leur enfant. Je travaille également en lien avec la coordination migrants, un service de l’éducation nationale qui compte cinq enseignants dévolus aux enfants du voyage dans le département. Ils sont présents en moyenne deux fois par semaine dans les écoles auxquelles ils sont rattachés. L’objectif est d’assurer un suivi pédagogique des enfants, de voir ce que l’on peut mettre en place quand un enfant est en difficulté. Enfin, je rencontre les directeurs d’écoles, les principaux de collèges, les responsables d’associations d’aide aux devoirs… J’essaie de les sensibiliser à la culture des voyageurs.
NVI : Comment cela se passe-t-il au collège ?
Magali Donnat
: Le passage du CM2 au collège est une étape difficile. L’école est un
lieu protégé. L’enfant est confié à la maîtresse et une relation de
confiance peut s’établir, ce qui rassure les parents. Les gens du
voyage considèrent souvent que l’entrée de leur enfant au collège peut
mettre en péril ce qui fait leur identité. Les enfants du voyage vivent
dans un environnement communautaire protégé.
En même temps, ils
démarrent très tôt une vie d’adulte : les jeunes filles aident leur
mère, les garçons travaillent avec leur père. Le collège, c’est un lieu
qui n’a pas les mêmes références. C’est aussi un lieu qui fait peur
auquel sont associés des problèmes de délinquance, de drogue, de
racket…
C’est pourquoi, beaucoup préfèrent inscrire leurs enfants au
Cned (centre national d’éducation à distance) pour des cours par
correspondance. Mais c’est difficile pour un enfant, surtout s’il
éprouve déjà des difficultés, de s’organiser et de travailler seul.
J’essaie aussi de mettre en place un accompagnement scolaire assuré par
des bénévoles. J’en recherche d’ailleurs…
NVI : Quelles solutions pouvez-vous proposer aux familles pour les inciter à mettre leurs enfants au collège ?
Magali Donnat
: Je ne suis pas là pour forcer les familles et scolariser à tout prix.
Mais pour désamorcer les craintes, je peux organiser des rencontres
entre la famille et le principal, par exemple. L’idée, c’est de mettre
en place un accueil adapté à l’enfant à condition de ne pas occasionner
trop de complications pour le collège. J’explique aussi qu’au collège,
il y a des codes et des contraintes à connaître pour faciliter
l’intégration. Mon action s’inscrit dans la durée. Il ne suffit pas
d’accompagner aux portes du collège. Il faut aussi être à l’écoute si
des difficultés surgissent. Par ailleurs, nous informons les familles
de la possibilité de signer une convention avec le Cned et le collège.
Celui-ci met à disposition une personne pour aider l’enfant à étudier
ses cours du Cned. Si le collège a un projet de sortie, le jeune peut y
participer… Cela permet de maintenir un pied dans le collège. C’est le
cas à Guichen, par exemple. La question qui se pose aujourd’hui, c’est
aussi celle de l’orientation professionnelle. Beaucoup de jeunes
arrivés à 15-16 ans s’interrogent sur leur avenir. Ils auraient besoin
d’être accompagnés pour entrer dans le monde du travail.
Propos recueillis par Corinne Duval Reportage photos Franck Hamon
*AGV35 : Accueil des gens du voyage en Ille-et-Vilaine Ce groupement d'intérêt public associe le Département, Rennes Métropole, l'Etat et la Caisse d'allocations familiales. Pour les contacter : tél. 02 23 27 04 35, site internet : www.agv35.fr